I. Qu’est-ce que le « Dekicyatta kekkon »?

 1. Définition du mot.

 Tout d’abord, je commencerai par dire la traduction anglaise de ce mot; le « shotgun wedding ». J’utiliserai aussi ce mot pour plus de commodités. Cela concerne donc deux personnes (de sexe différent) liées par les liens du mariage. A cause d’une relation sexuelle que ces deux personnes ont eu auparavant, la femme tombe enceinte et de ce fait, le couple se retrouve dans l’obligation de se marier à la hâte. Dans un sens plus large, cela peut aussi signifier que le couple avait déjà envisagé de se marier mais pas aussi vite. Cependant, je ne parlerai pas de ce cas ici car étant plus apparenté un à mariage en bonne et due forme.

 Pour l’anecdote, la traduction anglaise de cette expression vient d’une affaire survenue en Amérique du nord où le père d’une fille victime de cette situation menaça le garçon d’une arme pour obtenir de lui le consentement de mariage.

 2. Le phénomène dans son contexte.

 Essayer de trouver l’origine du « shotgun wedding » est une chose assez compliquée. Nous sommes en droit de supposer qu’elle pourrait coïncider avec l’origine du mariage mais depuis quand le phénomène connu sous le terme de « dekicyatta kekkon » est-il apparu? Le mot serait apparu au début des années 90 quand le phénomène a commencé à être diffusé dans les médias et à être reconnu. Au regard des statistiques que j’ai pu trouver, la fin de la période « Shôwa » (昭和) est souvent donné comme point de départ. Nous pouvons donc dire que le phénomène est assez récent. D’après ces mêmes statistiques, nous pouvons remarquer que plus les personnes sont jeunes, plus le pourcentage de couples issu du « shotgun wedding » est important. En 2000, 26.3% des mariages étaient des « shotgun wedding ». La même année, il est la cause de près de 60% des couples pour les personnes ayant entre 20 et 24 ans et nous atteignons plus de 80% pour les personnes ayant moins de 20 ans.

 Si on se réfère au Livre Blanc (hakusyo, 白書) publié par le gouvernement japonais, deux facteurs seraient en cause: la généralisation de l‘acte sexuel avant le mariage et la conscience traditionnelle qui formalise à l‘excès le mariage.

 Voici pour les raisons officielles. Il serait aussi judicieux de considérer les médias comme un catalyseur de cette tendance. Il n’est pas rare de voir des célébrités dire lors d’émissions télévisuelles que le « shotgun wedding » n’est pas dévalorisant et que cela est même tout à fait normal, ou bien encore voir des affaires de ce type dans les milieux du show-business. Cela a été également le thème principal d’une série télévisuelle (dorama, ドラマ). Il est à mon avis non-négligeable de parler de l’importance des médias et tout particulièrement de la télévision. Certaines personnes seront inéluctablement influencées d’autant plus si un(e) téléspectateur est un(e) fan de la dite célébrité.

 II. Une caractéristique japonaise?

 1. La situation dans le monde.

 Ce genre de situation peut bien arriver dans le reste du monde, pour preuve, la transcription anglaise du terme. Alors pourquoi dans les autres pays développés (ou les pays qui peuvent servir de comparaison avec le Japon sur le plan médiatique et/ou sur le plan sociologique) ne retrouve-t-on pas un tel phénomène? Si nous tentons des études comparatives à propos de l’avortement, nous pouvons voir que les taux ne nous permettent pas de tirer de conclusion pertinentes sur ce sujet. En effet, nous avons 200000 à 250000 avortements en France pour environ 350000 au Japon. Si nous calculons ces chiffres avec les populations respectives, nous arrivons à des taux sensiblement identiques. En ce qui concerne les coûts liés à l’avortement, on retrouve ici des coûts moins importants en général en Europe. Par exemple (exemples d’établissements publiques ou agréés) la gratuité en Italie, 3 euros en Belgique. Il sera rare de voir des prix dépasser les 1000 euros. Au Japon, l’avortement coûte en moyenne 150000 yens, soit environ 1000 euros mais si nous rajoutons une autre constante, à savoir le coût de l’accouchement qui est d’environ 450000 yens et remboursé aux deux tiers par le gouvernement, on peut noter que la différence de prix entre un accouchement et un avortement est sensiblement le même pour une femme japonaise.

 Ce qui est autrement plus intéressant d’étudier, c’est l’état de la contraception. Si elle est largement utilisé en Europe et en Amérique (par le biais du préservatif ou de la pilule pour la grande partie des cas), elle se fait plus rare au Japon. Ceci parce que la propagation de l’image de la contraception y est différente. Tout d’abord, le moyen contraceptif le plus répandu au Japon est le préservatif qui est moins sûr que la pilule. Mais l’image de la pilule au Japon n’est pas très bonne. Beaucoup de rumeurs non-fondées scientifiquement relatent des méfaits pour la santé, notamment une prise importante de poids. De ce fait, les femmes ont soit peur, soit honte de la prendre. L’état de la contraception au Japon pourrait donc très bien être une raison de l’existence de ce phénomène au vu des comparaisons faites avec d’autres pays. Mais un autre facteur est à considérer, et non des moindres, c’est la manière de penser. La culture japonaise est à part dans le cercle des pays développés. Qu’en est-il donc de la façon de penser au Japon?

 2. La mentalité japonaise.

 Tout d’abord, intéressons nous à ce que pensent les japonais à propos du « shotgun wedding ». Le point qui saute tout de suite à l’œil, c’est une façon de concevoir le problème de manière matérielle et fataliste. Que les personnes soient d’accord ou non avec ce phénomène de société, les arguments seront concrets et les sentiments tels que l’amour, l’attachement seront rarement mis en avant. « Si vous n’avez pas l’intention de faire un enfant, il n’y a aucune raison de se marier » ou bien « Dans une période de déclin du taux de naissances, ce genre de mariages devient un bon moyen de résoudre en partie le problème ». Même pour les personnes qui se disent contre: « c’est insultant pour l’enfant » ou « C’est vraiment pas bien. En plus, pour ma part, je n’irai jamais à la cérémonie si je ne peux pas porter la robe blanche.  J’ai dénombré le nombre de personnes qui prenait l’amour comme argument dans toutes les statistiques que j’ai pu lire et le résultat est à la hauteur des 18%. C’est peu. Les sentiments, l’amour sont visiblement des choses personnelles pour être reconnues. Au japon, faire plaisir aux autres est plus important que de se faire plaisir soi-même. Le fait d’accepter la fatalité est mieux accepté que faire des choix au gré de ses envies. L’exemple de la solution au faible taux de natalités prouve ceci. C’est une chose qui peut être plus ou moins difficile à concevoir pour les personnes vivant en Europe ou en Amérique mais c’est (encore) une réalité au Japon. Se marier par amour n’est pas encore une chose très répandue ou, tout du moins, très acceptée dans la culture japonaise. La jeune fille idéale doit se marier pour faire plaisir à ses parents et donner un petit-enfant. Pour caricaturer la situation, elle doit faire plaisir à ses parents car ils lui ont donné la faveur d’être né et vivre. Dans ce contexte, il devient plus compréhensible de voir apparaître ce genre de phénomène qu’est le « shotgun wedding ». « Et bien, nous l’avons fait et nous ne pouvons plus faire demi-tour à présent. Nous allons donc nous marier.

 III. Une partie de la culture japonaise.

 1. Vie/Vie quotidienne au Japon.

 Dès le plus jeune âge, l’enfant se doit d’étudier énormément pour réussir ses tests d’entrée en école primaire ou bien ses tests d’entrée en université afin de pouvoir entrer dans un bon établissement. Plus qu’une quantité de travail, cela représente surtout un stress énorme pour l’enfant. En cas de succès, le parcours professionnel devient plus ou moins tracé et même si l’emplois à vie tend petit à petit à disparaître, nous pouvons tout de même noter que suivant l’université dans laquelle la personne se trouve, un choix défini de travail s’offre à lui (Par exemple, beaucoup d’étudiants sortant de l’université Rikkyo (立教大学) trouvent un poste dans une banque). Le côté professionnel étant résolu, il reste encore à trouver un(e) partenaire pour fonder une famille. En essayant de décrire grossièrement ce qui peut se passer à cette période, nous nous retrouvons face à plusieurs situations que je vais tenter de décrire Vers l’âge de 22 ans, quand l’étudiant(e) devient une personne active, il se peut qu’il n’est aucun partenaire et dans ce cas, la famille essaie de trouver un(e) partenaire pour lui. Cette pratique est communément appelée « o miai » (お見合い). Dans ce genre de situations, il sera difficile de se trouver face à des mariages d’amour vu que la rencontre n’est pas spontanée. Le point mis en avant ici sera dans la majeure partie des cas la qualité de vie que pourra avoir le couple s’il venait à se former. Si cette même personne a déjà un(e) partenaire avec qui il(elle) veut se marier, tout le monde est satisfait. Dans ce genre de situation, la probabilité d’avoir un mariage d’amour est élevé: les deux intéressés se sont rencontrés spontanément, ils ont tissé des liens ensemble et envisagent de passer leur vie ensemble de toute les façons. Dans ce genres de cas, il est aussi très peu probable d’avoir des couple issus d’un « shotgun wedding » étant donné que le mariage était déjà réfléchi. Enfin, cette même personne peut aussi avoir un partenaire sans avoir envie de se marier avec. Là, ça devient un peu plus compliqué et c’est un cas assez typique maintenant. Le déroulement de la vie au Japon suit encore maintenant des principes assez rigides qui font que si certaines personnes ressentiront toujours un manque dans un couple sans amour, d’autres personnes n’exprimeront même pas le souhait d’avoir un couple fondé sur des sentiments d’amour. De ce fait, nous pouvons considérer le « dekiccyatta kon » comme une fatalité, comme un phénomène qui devait apparaître un jour.

 2. La véritable signification du « dekicyatta kon ».

 J’entends souvent que le Japon change et que ce changement est très rapide. C’est également ce que nous ressentons en regardant les médias. En général, les médias nous rendent compte d’un Japon dans sa superficialité et non dans sa réelle substance qui change aussi, évidemment, mais à mon avis pas aussi vite qu’on le laisse entendre. Les « ganguro »(顔黒), le « dekicyatta kon » sont pour moi des exemples qui représentent la surface de la société japonaise et si nous essayons de trouver la véritable raison de ces phénomènes, je pense que c’est à partir de ce moment que nous pourrons nous rapprocher du cœur du systeme, du centre de cette machinerie qu’est la société, la culture japonaise. Que pouvons-nous donc apprendre précisément à partir du « shotgun wedding »? Comme écrit ci-dessus, nous pouvons apprendre sur la construction de famille, sur l’éducation, entre autres. Par l’analyse d’un nouveau phénomène de société, nous pouvons mettre en lumière une partie du Japon beaucoup plus ancienne.

 IV. Conclusion.

 Le « dekicyatta kon » est donc un phénomène récent qui serait apparu dans les années 80, 90. Au regard des taux de couples issus de cette union, on peut remarquer que les très jeunes personnes sont les premières touchées. Honte d’avouer un acte sexuel manqué? pas assez d’argent pour payer un avortement? Le cas de ces très jeunes personnes qui peuvent être mineurs peut être particulier. Pour les autres couples, et pour résumer, cela est surtout lié je pense à une façon de pensée, à une culture spécifique. Une des choses que je voulais exprimer par cet exposé, c’est la relation présente partout. Je voulais partir d’un point pour arriver à un ensemble. Je voulais parler d’un aspect du Japon qui se cache derrière un phénomène appelé « dekicyatta kon ».

 Bibliographie.

  •  Données et analyses du « deicyatta kekkon », http://www5.cao.go.jp/seikatsu/whitepaper/
  •  Législation européenne sur l’avortement, http://www.planning-familial.org/themes/theme03- avortement/fiche05Precision03.php
  •  Rapport sur le « dekicyatta kon », janvier 2004, http://fanet.jp/monthly/200401/04/
  •  阿部謹也(あべきんや)、1999、「日本社会で生きるということ」、朝日新聞社
  •  Rapport DREES, IVG 2004, http://www.ancic.asso.fr/ivg.html
  •  Prévention et aide pour les personnes victimes du « dekicyatta kekkon, dekicyatta.miz-a1.com
  •  加藤昭二・中田実、1982、「現代社会の構造と展開」、アカデミア出版社

NOTES!!!

Si, pour une raison ou une autre, vous voudriez citer un ou plusieurs passages de ce rapport, je vous prierai de m'en informer au préalable.